Fin juillet, l'Etat a pris une décision. Les enfants seraient séparés et transférés dans différents établissements en Virginie et au Kentucky. C'était le seul moyen, selon eux, de briser le lien qui les unissait et de leur donner une chance de mener une vie normale. Margaret Dunn s'est opposée à la décision, tout comme plusieurs membres du personnel médical, mais l'État a procédé. Le 2 août 1968, les enfants ont été chargés dans des véhicules séparés et emmenés à différents endroits. Cette nuit-là, tous les établissements ont rapporté la même chose: les enfants ont cessé de manger et de bouger. Ils étaient assis dans leurs chambres, fixant les murs, fredonnant ce même ton grave et résonnant. Trois jours plus tard, deux des enfants ont été retrouvés morts dans leur lit. La cause du décès n'a pas pu être déterminée. Leurs corps ne présentaient aucun signe de traumatisme, de maladie ou de souffrance. Ils avaient simplement cessé de vivre. À la fin de la semaine, quatre autres étaient décédés. L'État est revenu sur sa décision. Les enfants survivants ont été réunis et les décès ont cessé.
L'État de Virginie ne savait pas quoi faire des enfants décédés séparés de leur famille et s'épanouissant ensemble. Il n'y avait pas de précédent, de protocole ou de cadre juridique pour une situation qui n'aurait pas dû être possible. Alors ils ont fait ce que les institutions font toujours face à l'inexplicable: ils l'ont dissimulé. En septembre 1968, les onze enfants restants de Dalhart ont été transférés dans une institution privée des Blue Ridge Mountains. L'endroit s'appelait Riverside Manor, bien qu'il n'y ait pas de rivière à proximité et qu'il soit loin d'un manoir. C'était un sanatorium reconverti, construit dans les années 1920 pour les patients tuberculeux. Abandonné dans les années 1950, il a été discrètement rouvert en vertu d'un contrat d'État pour des affaires appelées à disparaître. Les enfants étaient logés dans une aile isolée. Il n'y avait pas d'autres patients, pas de visiteurs, juste une équipe tournante d'infirmières et d'aides-soignants bien rémunérés à qui on demandait de ne pas discuter de leur travail.
Le registre officiel a répertorié l'institution comme foyer de groupe pour enfants avec